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"Il était méconnaissable" : la "longue" mort d’Hitler racontée par l’historienne Caroline Sharples

· Français· L'Express

“Linge, je vais me tirer dessus maintenant.

Tu sais ce que tu as à faire.” Ce seraient parmi les derniers mots prononcés par Adolf Hitler dans son bunker de Berlin, le 30 avril 1945.

Son valet Heinz Linge, l’un des rares témoins de la scène, raconte : une poignée de main avec le Führer, un salut, une porte qui se ferme, puis un coup de feu.

Pourtant, ce moment d’histoire maintes fois représenté au cinéma, personne ne l’a photographié ni filmé.

Un manque de preuves matérielles, auquel il faut ajouter l’absence de corps, et qui ont nourri, quatre-vingts ans durant, les théories du complot les plus tenaces, à l’image de celle, farfelue, selon laquelle Hitler et Eva Braun se seraient enfuis en Amérique du Sud.

Dans un nouvel ouvrage passionnant, The Long Death of Adolf Hitler (Yale University Press, non traduit), l’historienne britannique Caroline Sharples retrace la “longue mort” du dictateur, depuis les adversaires du nazisme qui dans les années 1930 rêvaient déjà de l’élimination du Führer, jusqu’à l’ultime preuve biologique, en 2018, établissant pour de bon la date de son décès en 1945.

Mais aujourd’hui encore, explique auprès de L’Express cette professeure à l’Université de Roehampton, “le mystère subsiste quant aux causes exactes de sa mort”.

Entretien.

L’Express : Dans votre livre, vous expliquez que bien avant son décès effectif en 1945, le sujet de la mort d’Hitler était sur toutes les lèvres ?

Caroline Sharples : Oui, car la mort d’Hitler est un phénomène culturel qui précède la Seconde Guerre mondiale elle-même.

Dès les années 1930, le sujet apparaît dans la culture populaire, sous forme de sketchs humoristiques.

L’enterrement d’Hitler devient un objet sur lequel on ironise volontiers.

Pendant le conflit, la question prend une tout autre dimension, psychologique et politique : pour les civils des pays alliés, imaginer la mort du dictateur allemand représente un formidable réconfort moral.

A mesure que la perspective d’une victoire militaire allemande s’amenuisait, Hitler s’est progressivement retiré de la vie publique.

Dès la fin 1943, il déléguait certaines grandes cérémonies annuelles, y envoyant Goebbels ou Himmler à sa place.

De plus en plus de gens s’interrogeaient sur les raisons de cette disparition, ce qui alimentait les rumeurs.

C’est dans les années qui précèdent son suicide que l’on doit rechercher, selon vous, les racines du succès des théories du complot sur la mort d’Hitler après 1945 ?

Absolument.

Pendant la guerre,

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