Régulation des réseaux sociaux : les procès ou la loi ?, par Antoine Vey
Le 24 mars, le tribunal de Santa Fe (Nouveau-Mexique) a rendu une décision qui nous concerne tous.
En condamnant le groupe Meta, propriétaire notamment de Facebook et Instagram, à verser 375 millions de dollars de dommages et intérêts pour mise en danger de mineurs, il a en effet ouvert la porte à ce qui pourrait être une révolution… si nous savons nous en saisir.
C’est désormais au tour de la France et de l’Europe d’en tirer les conséquences.
Car ce jugement ne reconnaît pas seulement les effets dramatiques que les réseaux sociaux peuvent avoir sur le développement intellectuel et affectif des enfants : il condamne surtout, et enfin, la stratégie consciente dont ces effets ne sont que le résultat visible.
La responsabilité des algorithmes Là est le premier enseignement de ce procès : si nous voulons protéger efficacement nos enfants, il ne s’agit pas seulement de dénoncer les contenus auxquels ils sont exposés, mais d’identifier la responsabilité première des algorithmes, et de comprendre la manière dont ceux-ci sont très précisément formatés pour créer addiction, dépendances et autres dommages cognitifs.
A l’heure où l’on s’écharpe volontiers sur les effets du cadmium ou de l’acétamipride, nous devons admettre qu’il y a dans nos poches, et dans les poches de nos enfants, des poisons bien plus nocifs.
Des poisons que de récents rapports parlementaires ont justement pointé du doigt, et que nous avons pourtant laissé prospérer.
Alors que la France s’est fait une spécialité d’inventer des régulations en tous genres, et tandis que l’Europe se pose volontiers comme une puissance normative, cette approche visant les algorithmes devrait nous inspirer.
L’histoire se dessine dans les prétoires La seconde originalité du verdict de Santa Fe est une inversion ironique, et pourtant riche de significations.
Tous les praticiens du droit savent en effet combien les moindres débats judiciaires sont désormais viciés par le pouvoir de nuisance, de désinformation ou de polarisation des réseaux sociaux.
Si les algorithmes sont devenus des ennemis de la Justice, il n’est donc pas anodin que ce soit la Justice elle-même qui s’attaque enfin à leur toute-puissance.
C’est déjà le cas aux Etats-Unis, avec plusieurs procès retentissants en cours, et ce pourrait être également le cas en France, car la loi comme la pratique évoluent en ce sens depuis quelque temps.
Le parquet de Paris a ainsi créé une section dédiée à la lutte contre la cybercriminalité, qui a ouvert des e
原文链接: L’Express
