"MBS veut que Trump termine le travail en Iran" : l’énigmatique prince saoudien décrypté par Karen Elliott House
Karen Elliott House est l’une des très rares journalistes à avoir eu accès à Mohamed ben Salmane (MBS) pour de nombreux entretiens approfondis.
Alors que Donald Trump affirme avoir soumis un plan aux Iraniens pour mettre fin à la guerre - ce que dément Téhéran -, et que les pays du Golfe continuent d’être pris pour cible par le régime des mollahs, la diplomatie discrète du prince héritier saoudien demeure une énigme pour de nombreux observateurs.
Selon une enquête du New York Times, MBS aurait récemment fait pression sur le président américain pour qu’il poursuive le conflit, assurant que cette campagne militaire était une “opportunité historique” de remodeler le Moyen-Orient.
Après la détente engagée en 2023, la ligne de l’Arabie saoudite à l’égard de Téhéran apparaît aujourd’hui clairement affirmée : “la chute du régime théocratique iranien”, constate l’ex-journaliste du Wall Street Journal, Karen Elliott House qui couvre l’actualité de la monarchie pétrolière wahhabite depuis quatre décennies.
La lauréate du prestigieux prix Pulitzer en 1984 a assisté à la révolution menée au pas de charge par MBS depuis qu’il est devenu, le 21 juin 2017, le prince héritier d’Arabie saoudite.
Dans L’Homme qui voulait être roi , (Éditions Saint-Simon, parution le 9 avril), elle revient sur ses grandes réussites, ses échecs, ses excès autoritaires ainsi que sa passion pour… les jeux vidéo qui en dit beaucoup sur sa façon d’exercer le pouvoir.
Entretien.
L’Express : Mohammed ben Salmane avait opéré un rapprochement avec l’Iran en 2023.
Aujourd’hui, il serait favorable à ce que Trump poursuive la guerre.
Comment expliquez-vous ce changement de pied ?
Karen Elliott House : MBS espérait que l’établissement de relations diplomatiques avec l’Iran protégerait l’Arabie saoudite de toute attaque.
En mettant la Chine dans la boucle, son objectif était que Pékin, grâce à ses relations privilégiées avec l’Iran, puisse contribuer à encadrer le comportement de Téhéran et à le maintenir dans une posture plus stable et prévisible.
Mais lors de cette guerre, l’Iran a mené des frappes contre des installations pétrolières et militaires saoudiennes, ainsi que contre les autres pays du Golfe dans l’espoir de les éloigner des Etats-Unis.
Dans ce contexte, MBS souhaite désormais que Donald Trump “termine le travail”, c’est-à-dire qu’il contribue clairement à la chute du régime théocratique iranien.
Il ne veut pas se retrouver à proximité d’un Iran humilié mais animé d’un esprit
原文链接: L’Express
