Et si on s’était trompés sur les années 1990 ? La thèse inattendue de l’historien Harold James
Dans un contexte international troublé, l’esprit libéral des années 1990 se retrouve parfois mis au banc des accusés, désigné comme le grand responsable d’une partie des maux actuels de notre société, notamment en matière de mondialisation et d’immigration .
Pourtant, sans cette décennie, le désordre des années 2020 serait probablement survenu plus tôt.
C’est la thèse défendue par Harold James, professeur d’histoire à l’université de Princeton, dans une récente tribune publiée sur The Globalist .
Il y répond à un texte paru sur ce même site d’analyses internationales par l’économiste Branko Milanovic , spécialiste des inégalités.
Dans cet article, le concepteur de la célèbre “courbe de l’éléphant” revient sur les “illusions” de la mondialisation libérale des années 1990, “des idées qui se sont presque toutes révélées erronées”.
Une lecture qui s’inscrit dans une remise en cause plus large de cette décennie, que des historiens comme Gary Gerstle décrivent comme le moment de domination d’un “ordre néolibéral”.
Une remise en cause réellement fondée ? “Il est devenu à la mode ces derniers temps de condamner les principales évolutions économiques que le monde a connues dans les années 1990.
Mais, à mon avis, nous le faisons à nos risques et périls”, écrit Harold James, qui prolonge cette analyse dans un entretien accordé à L’Express.
Sans 1990, 2020 aurait été pire Celui-ci voit dans ce rejet un consensus émergent tant à gauche qu’à droite, citant entre autres le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio qui, lors de la dernière conférence de Munich, a expliqué comment l’“euphorie” de cette époque “nous a conduits à commettre de terribles erreurs”.
L’universitaire britannique pointe une recomposition politique où certains discours mêlent préoccupations sociales et logiques nationalistes, notamment dans des mouvements populistes en France, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.
A gauche, certains responsables adoptent un langage similaire et une approche de la politique plus frontale et plus conflictuelle, estimant que c’est à cette condition qu’elle peut redevenir efficace.
A ses yeux, cette évolution rapproche, par certains aspects, les stratégies politiques de la droite et de la gauche. “Sans la libéralisation des années 1990, nous aurions été bien plus rapidement dans le monde des années 2020, sans l’interlude qui a permis à tant de personnes d’être mieux loties et de s’épanouir davantage”, défend l’auteur dans The Globalist.
Comment expliquer, dès lors
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